L’intelligence artificielle sera panafricaine ou ne sera pas : la vision de Sidi Mohamed Kagnassi

L’intelligence artificielle connaît une accélération spectaculaire dans le monde, avec une hausse estimée à près de +81 % des investissements à l’échelle mondiale durant l’été 2023. Pour l’homme d’affaires ouest-africain Sidi Mohamed Kagnassi, cette vague n’est pas qu’un phénomène lointain : elle redessine déjà les perspectives économiques du continent africain et peut, si elle est maîtrisée, devenir un formidable accélérateur de développement.

Selon un rapport de McKinsey cité par Kagnassi, les technologies d’IA pourraient générer plus d’un million de nouveaux emplois dans les prochaines années rien qu’en Afrique du Sud. À l’échelle de tout le continent, le potentiel est colossal, à condition de réunir les bons ingrédients : infrastructures numériques robustes, coopération panafricaine, formation massive des jeunes, financement des talents et adoption stratégique de l’IA par les entreprises.

Dans cette vision, une idée centrale s’impose : l’intelligence artificielle en Afrique sera panafricaine ou ne sera pas. Autrement dit, c’est en unissant les forces des pays, des gouvernements, des entreprises et de la société civile que l’IA deviendra un véritable moteur de prospérité partagée.

Un boom mondial qui ouvre une fenêtre historique pour l’Afrique

La dynamique actuelle de l’IA est sans précédent. Les investissements explosent, les cas d’usage se multiplient et les outils deviennent plus accessibles. L’Afrique n’est plus seulement spectatrice : le mouvement a commencé sur le continent, avec des pays déjà en pointe comme l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigeria.

Ce qui distingue l’IA des précédentes vagues technologiques, c’est sa capacité à accélérer la création de valeur dans presque tous les secteurs: finance, santé, agriculture, éducation, logistique, industrie, services publics, etc. Pour un continent en pleine transformation économique, l’IA peut :

  • Automatiser des tâches répétitives et libérer du temps humain pour des activités à plus forte valeur ajoutée.
  • Améliorer la qualité des décisions grâce à l’analyse de données à grande échelle.
  • Rendre les services essentiels (santé, éducation, services financiers) plus accessibles, notamment dans les zones rurales.
  • Permettre l’émergence de nouveaux modèles d’affaires nés sur le continent, adaptés aux réalités africaines.

Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si l’Afrique va adopter l’IA, mais comment et à quelle vitesse elle va le faire, et avec quel niveau d’ambition collective.

Des fondations indispensables : infrastructures et coopération panafricaine

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’un des messages clés est clair : sans fondations solides, le potentiel de l’IA restera limité. Ces fondations sont principalement de deux ordres : les infrastructures numériques et la coopération entre pays africains.

Des infrastructures numériques au rang de biens essentiels

Historiquement, le développement économique reposait sur les routes, les ponts, les ports et l’électricité. Aujourd’hui, Kagnassi défend l’idée que les infrastructures numériques sont devenues tout aussi essentielles :

  • Accès fiable à Internet haut débit.
  • Centres de données modernes et sécurisés.
  • Capacité de stockage et de calcul adaptée aux besoins de l’IA.
  • Réseaux mobiles performants couvrant aussi les zones rurales.

Des pays comme l’Afrique du Sud, où de nombreuses entreprises utilisent déjà l’IA au quotidien, ont commencé à prendre cette dimension au sérieux. L’enjeu est désormais que l’ensemble du continent emboîte le pas, pour éviter une fracture numérique interne entre pays et entre territoires.

Des synergies entre États, entreprises et société civile

L’IA n’est pas qu’une histoire de technologie. C’est d’abord une histoire de coopération. Kagnassi insiste sur l’importance de créer des synergies panafricaines:

  • Entre États, pour mutualiser les ressources, partager les bonnes pratiques, harmoniser les cadres réglementaires et augmenter les capacités de financement.
  • Entre entreprises, afin de développer des solutions communes, des standards et des plateformes partagées.
  • Avec la société civile et le monde académique, pour intégrer les besoins des citoyens et les enjeux éthiques dans la conception des solutions.

Cette logique de coopération se traduit déjà par la création de pôles d’expertise. L’ouverture, en République du Congo, du Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle en est un exemple emblématique. Ce type de centre a vocation à :

  • Fédérer les chercheurs africains autour de projets communs.
  • Adapter les modèles d’IA aux langues, cultures et données africaines.
  • Servir de passerelle entre recherche, secteur privé et décideurs publics.

Plus ces pôles se multiplieront et collaboreront entre eux, plus l’Afrique disposera d’une voix forte et structurée dans la gouvernance mondiale de l’IA.

Le dividende démographique : transformer 200 millions de jeunes en experts de l’IA

L’Afrique dispose d’un atout unique au monde : sa jeunesse. On estime aujourd’hui à environ 200 millions le nombre de jeunes Africains âgés de 15 à 24 ans. D’ici 2050, plus de la moitié de la population du continent aura moins de 25 ans.

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, cette dynamique démographique peut devenir un levier extraordinaire à condition d’être orientée vers les technologies d’avenir, en particulier l’IA et la robotique.

La formation diplômante en IA et robotique comme priorité

Selon la Banque africaine de développement, chaque année, 10 à 12 millions de jeunes Africains entrent sur le marché du travail, alors que seulement environ 3 millions d’emplois formels sont disponibles. Cet écart crée une pression sociale majeure, mais il révèle aussi une opportunité : former massivement les jeunes aux compétences numériques et à l’IA pour ouvrir de nouveaux gisements d’emplois.

Kagnassi plaide pour un développement rapide de :

  • Formations diplômantes en IA, data science et robotique, au sein des universités et grandes écoles africaines.
  • Programmes courts et certifiants, tournés vers la pratique, pour les développeurs, ingénieurs, analystes de données, chefs de projet, etc.
  • Partenariats entre établissements africains et internationaux pour co-construire des cursus d’excellence adaptés aux réalités du continent.

Proposer ces formations, c’est non seulement répondre aux besoins du marché du travail, mais aussi positionner l’Afrique comme productrice de solutions d’IA, et pas uniquement comme consommatrice de technologies importées.

Prévenir la fuite des talents : un enjeu stratégique

Le développement de l’IA en Afrique s’accompagne déjà d’un risque bien identifié : la fuite des talents. Les profils formés sur le continent, notamment dans des secteurs sensibles comme la santé, sont très courtisés à l’international.

Pour préserver ce capital humain, Kagnassi souligne l’importance de :

  • Créer des opportunités professionnelles attractives localement, avec des projets ambitieux et des perspectives de carrière.
  • Financer la recherche en offrant aux chercheurs des moyens, des laboratoires et des partenariats industriels sur place.
  • Soutenir les startups qui permettent aux talents de devenir entrepreneurs plutôt que de partir.

L’objectif n’est pas d’empêcher les mobilités internationales, mais de faire en sorte que l’Afrique soit aussi un pôle d’attraction pour les experts de l’IA, y compris ceux de la diaspora.

Pays pionniers et pôles émergents de l’IA africaine

Il est encore trop tôt pour parler de « champions » africains de l’IA au sens strict, mais plusieurs pays se détachent déjà par leurs investissements, leurs écosystèmes numériques et leurs politiques publiques.

PaysAtouts IA mis en avant
Afrique du SudÉcosystème d’entreprises déjà utilisatrices de l’IA, infrastructures relativement avancées, potentiel de plus d’un million d’emplois liés à l’IA selon McKinsey.
KenyaScène tech dynamique, forte culture de l’innovation numérique, projets d’IA appliqués à la finance, à l’agritech et aux services publics.
NigeriaPopulation nombreuse, vivier important de développeurs, écosystème de startups en forte croissance, usage croissant de l’IA dans les services.
ÉgypteInvestissements publics dans le numérique, montée en puissance de la recherche et des infrastructures liées à l’IA.
MauricePositionnement sur les services à forte valeur ajoutée, volonté de devenir un hub technologique et financier régional.
TunisieÉcosystème d’ingénieurs qualifiés, initiatives en matière de startups et de technologies émergentes, intérêt croissant pour l’IA.
République du CongoCréation du Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle, signal fort en faveur d’une recherche panafricaine structurée.

Ces exemples montrent que la dynamique n’est pas concentrée dans un seul pays mais répartie sur plusieurs pôles. La clé, selon Kagnassi, sera de transformer ces avancées nationales en une stratégie commune à l’échelle du continent.

Comment les entreprises africaines peuvent utiliser l’IA comme levier stratégique

En tant qu’entrepreneur, Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur un point : l’IA ne doit pas être vue comme une fin en soi, ni comme une simple mode, mais comme un outil stratégique au service de la performance des entreprises.

Gagner en efficacité, réduire les coûts, mieux décider

Les entreprises africaines, qu’elles soient grandes ou petites, peuvent tirer profit de l’IA à plusieurs niveaux :

  • Productivité et automatisation: traitement automatisé des e-mails, des relances clients, de la facturation, de la gestion de stock, etc.
  • Marketing et relation client: personnalisation des messages, analyse des comportements, segmentation plus fine, meilleure satisfaction client.
  • Prise de décision: analyse de grandes quantités de données pour identifier les tendances, anticiper les risques et repérer de nouvelles opportunités de marché.
  • Organisation interne: optimisation des plannings, réduction des temps morts, amélioration de la collaboration et du partage de connaissances.

En utilisant l’IA pour améliorer l’existant avant de se lancer dans des projets trop complexes, les entreprises peuvent obtenir des gains rapides qui financent ensuite des initiatives plus ambitieuses.

Cas d’usage prioritaires pour les entreprises africaines

Les priorités peuvent varier selon le secteur, mais plusieurs cas d’usage reviennent souvent dans les stratégies d’IA sur le continent :

  • Services financiers: scoring de crédit plus inclusif, détection de fraude, conseil personnalisé aux clients.
  • Agriculture: prédiction météorologique, optimisation des intrants, suivi des cultures pour améliorer les rendements.
  • Santé: aide au diagnostic, analyse d’images médicales, optimisation de la gestion des stocks de médicaments.
  • Commerce et distribution: recommandations de produits, optimisation des chaînes logistiques, meilleure prévision de la demande.
  • Énergie et ville intelligente: gestion optimisée des réseaux, maintenance prédictive des infrastructures.

Dans chacun de ces domaines, l’IA peut générer des bénéfices économiques tangibles tout en ayant un impact social positif, en améliorant l’accès aux services ou la qualité de vie des populations.

Financement et écosystèmes : donner de l’oxygène aux startups et aux chercheurs

Pour que l’IA devienne un pilier durable du développement africain, il ne suffit pas de former des talents et de doter le continent d’infrastructures : il faut aussi financer les projets et construire un écosystème qui encourage l’innovation.

Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur deux cibles prioritaires :

  • Les startups en amorçage, qui portent souvent les idées les plus innovantes mais manquent de capital pour franchir les premières étapes de développement.
  • Les chercheurs et laboratoires, qui ont besoin de moyens pour transformer leurs travaux en solutions concrètes au service des citoyens et des entreprises.

Un écosystème favorable à l’IA repose sur plusieurs leviers complémentaires :

  • Des fonds publics et privés dédiés aux technologies deeptech et à l’IA.
  • Des incubateurs et accélérateurs spécialisés, capables d’accompagner les entrepreneurs sur les volets techniques, business et réglementaires.
  • Des programmes de co-innovation entre grandes entreprises et startups pour tester rapidement de nouveaux usages.
  • Un cadre réglementaire clair et prévisible, qui protège les citoyens tout en encourageant l’expérimentation.

En combinant ces éléments, l’Afrique peut créer un environnement où les projets d’IA naissent, grandissent et restent sur le continent, au lieu de devoir s’exiler pour trouver des financements ou des débouchés.

Vers une IA résolument panafricaine : la feuille de route proposée par Kagnassi

La conviction de Sidi Mohamed Kagnassi est simple : l’IA sera un puissant levier de transformation pour l’Afrique à condition d’être portée par une vision panafricaine et de s’appuyer sur les forces spécifiques du continent, à commencer par sa jeunesse et sa capacité d’innovation.

Pour lui, l’intelligence artificielle en Afrique « sera panafricaine ou ne sera pas » : seule une approche collective permettra de tirer pleinement parti de cette révolution.

Concrètement, cette vision peut se traduire par une feuille de route en plusieurs priorités :

  • 1. Renforcer massivement les infrastructures numériques pour mettre le haut débit, le cloud et la puissance de calcul à portée des acteurs publics et privés sur tout le continent.
  • 2. Investir dans la formation aux métiers de l’IA: cursus universitaires, écoles spécialisées, formations continues accessibles aux professionnels.
  • 3. Créer et connecter des pôles d’excellence comme le Centre africain de recherche sur l’IA, afin de structurer une recherche africaine visible et influente.
  • 4. Financer les startups et les chercheurs pour transformer les idées et les découvertes en solutions concrètes, exportables et créatrices d’emplois.
  • 5. Encourager l’adoption stratégique de l’IA par les entreprises, non comme gadget, mais comme levier de compétitivité, de productivité et d’impact social.
  • 6. Construire une coopération panafricaine solide, incluant les gouvernements, les entreprises, la société civile et la diaspora, pour mutualiser les ressources et peser dans les débats internationaux.

En suivant cette trajectoire, l’Afrique peut transformer le boom mondial de l’intelligence artificielle en opportunité historique: créer des millions d’emplois qualifiés, moderniser ses économies, renforcer sa souveraineté numérique et faire émerger une nouvelle génération de leaders technologiques africains.

La révolution de l’IA est en marche. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, tout l’enjeu est désormais de s’assurer qu’elle soit panafricaine, inclusive et créatrice de valeur durable pour l’ensemble du continent.

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